Culture dominante. Culture allemande. C’est un sujet qui revient souvent et parfois même violemment. Mais à qu’est-ce qui caractérise vraiment ce pays ? Nous avons réfléchi à cela.

Le querelle concernant la culture allemande a pris naissance dans une contribution du Commissaire à l’intégration du gouvernement fédéral, Aydan Özoguz, dans le journal “Tagesspiegel” de Berlin. Une culture spécifiquement allemande serait « au-delà de sa langue simplement non identifiable », a-t-elle écrit. Cela n’était guère surprenant, car le candidat principal de l’AfD, Alexander Gauland, populiste de haute volée : il fallait « se débarrasser » d’Özoguz, la ministre d’État d’origine turque.

Ce qu’oubli naturellement Gauland de dire c’est qu’« historiquement, ce sont les cultures régionales, l’immigration et la diversité qui ont façonné notre histoire. La mondialisation et la pluralisation des mondes vivants entraînent une multiplication accrue de la diversité. » . Nous avons examiné la diversité et la pluralité de ce pays, ses racines culturelles et la mentalité de ses habitants.

Les poètes et penseurs allemands

Quand Frédéric le Grand parlait encore en français, des poètes et des penseurs ont entrepris de réinventer la langue allemande – ainsi que toute une culture. Johann Wolfgang Goethe à Weimar et Emmanuel Kant à Königsberg ont formé un modèle typiquement allemand, car ils ont fait de deux petites villes le berceau de la culture allemande.

« Faust » de Goethe et « impératif catégorique » de Kant : le contraste entre la soif de vivre et l’accomplissement rationnel des devoirs n’est-il pas typiquement allemand ? Les poètes et les penseurs allemands sont ainsi devenus célèbres dans le monde entier.
Lorsque l’Allemagne du Troisième Reich est tombée en ruine, leurs réflexions ont donné une orientation morale.

Elle est encore vrai aujourd’hui. Faire la paix, se comporter humainement l’un envers l’autre, accueillir l’étranger : des idées valables peuvent être trouvées, par exemple, dans “Iphigenie” de Goethe et “Paix mondiale éternelle” de Kant, un langage qui clarifie les pensées et apaise les émotions. Pas de mauvaise culture nationale.

Buuuuuuuuuuuut !

Ce n’est pas seulement dans les grands stades allemands que l’on joue au foot, mais aussi sur les terrains de sport des villes et des villages, où le ballon est défendu avec passion.

Le football n’a pas été inventé en Allemagne, et pourtant on peut dire qu’ils sont plutôt doués dans ce sport. Néanmoins, nulle part le football n’est aussi profondément enraciné qu’en Allemagne.

Ce n’est pas uniquement à cause des succès de l’équipe nationale, qui émeut presque tout le pays tous les deux ans. Et pas seulement à cause de l’attrait de la Bundesliga, qui attire toujours de nombreux spectateurs dans les stades et devant les télévisions. Non, le football touche tout le monde et occupe des millions de personnes chaque week-end, car il est implanté même dans les petits villages. Dans chaque village des enfants joue au foot, dans chaque région habite une figure du football allemand.

Dans la 3eliga et dans les ligues régionales, des milliers de personnes se rendent dans les stades, les gens se cramponnent à leur club autant qu’à un ami, même ou plus encore, si cet ami va mal. Cela est alimenté par la fascination que déclenche le jeu lui-même : c’est simple, surprenant, excitant et tout est toujours possible. Plusieurs millions de joueurs poursuivent la balle et ils savent exactement comment on se sent, lors de cet instant magique – Buuuuuut !

Splendeur et gloire

La splendeur et la gloire de la Prusse brillent encore aujourd’hui au palais de Sanssouci à Potsdam. Discipline, diligence, obéissance, ponctualité : ces vertus prussiennes et d’autres font partie intégrante de la culture allemande. Elles ont des côtés sombres. Oskar Lafontaine a dit un jour qu’elles pourraient également être utiles pour gérer un camp de concentration.

Le fait est que la Prusse a mis l’accent sur ces vertus qui ont conduit le royaume alors petit à un succès militaire et économique considérable. C’est également la Prusse qui a introduit, en avance sur les autres Etats, l’école obligatoire, l’assurance-retraite et la modernisation de l’administration et l’Allemagne bénéficie encore ces avancées aujourd’hui. La culture allemande et l’Allemagne d’aujourd’hui sont inconcevables sans la Prusse, dans le meilleur comme dans le pire.

Le prix de l’efficacité

Se bousculer à la caisse du supermarché est une mauvaise habitude allemande.

Vous connaissez probablement aussi ce sentiment de devoir vous justifier lorsque vous interrompez la conversation captivante du vendeur d’un grand magasin. C’est ainsi que fonctionne le sens du service en Allemagne.

Comme c’est beau le mélodieux “Bonjour, Monsieur” avec lequel le vendeur accueille le client dans les magasins de nos voisins français. C’est comme boire du petit-lait

La diversité des régions

Qu’est-ce qui relie les Allemands du Nord aux Bavarois ? Parfois moins de choses qu’avec – par exemple – les Anglais.

À la sombre époque de l’Allemagne, certains ont tenté de découvrir ce qu’est un Allemand et quels sont ses caractéristiques. Un fiasco – à tous égards. Ceux qui remplissaient les caractéristiques recevaient un Ahnenpaß (un certificat aryen). Les Allemands sont encore mal à l’aise avec ce sombre passé de l’histoire de leur pays. Ils ne deviennent patriotes que lorsqu’ils regardent les matches internationaux de l’équipe nationale de foot allemande.

Celui qui est originaire d’Hambourg peut, par exemple avoir en commun avec un bavarois, son amour pour les églises baroques. En revanche, leur façon de parler l’allemand est complètement différente. Le peuple hanséatique (Allemands du Nord) est unis par l’amour de la mer.

Toutefois, il y a certainement beaucoup de bavarois qui adorent la mer. Alors pouvons-nous dire qu’il existe un modèle culturel défini ? Si oui, n’aurait-il pas pour but de diviser plutôt que de rassembler ?

À servir frais !

Les Allemands aiment boire de la bière. Mais on peut dire que c’est une tendance internationale.

“Lass‘ ma‘n Bier trinken gehn!” (Allons donc boire une bonne bière !) Cette phrase convient pour toutes les occasions. S’il fallait trouvé quelque chose de typiquement allemand, alors l’amour de la bière serait probablement en 1ère place- ou, selon les festivités, toutes sortes d’alcool. Il est difficile d’imaginer une Schützenfest (un festival traditionnel mettant en vedette un concours de tir à la cible dans les cultures de l’Allemagne et de la Suisse) sans une buvette proposant de la bière pression. Tout comme le cadeau qui vient à l’idée des Allemands pour remercier un voisin qui leur a rendu service est une caisse de bières.

Cependant, les Tchèques aussi aiment boire de la bière et même encore plus que les Allemands. Même s’il on compte le schnaps, ce n’est pas en Allemagne que l’on boit le plus. Voici une info qui va vous étonner : sur les dix plus grandes brasseries du monde, aucune ne se trouve en Allemagne.

Dans le même temps, la bière et le germanisme sont inextricablement liés, et encore plus pour ceux qui n’habitent pas outre-Rhin. . Seulement : la frontière entre culture et cliché est connue pour être fine. Et boire de l’alcool reste une tendance internationale

Ensemble, l’un pour l’autre

Les bénévoles de l’association de protection de Merzener, au nord de la région d’Osnabrück cultivent les traditions – de même que des centaines de milliers d’autres associations en Allemagne.

Il y a plus de 600 000 associations en Allemagne et ce nombre est en augmentation constante. Ils défendent avant tout la culture de l’engagement social, de la solidarité et de la préservation. Ils étaient et sont indispensables à la société.

Créé au 19ème siècle comme réflexe de l’industrialisation, les associations telles que la Croix-Rouge allemande ou Caritas étaient là pour assumer des tâches sociales que l’Etat ne remplissait pas et elles sont aujourd’hui porteuses de la culture sociale, partout dans le pays. Aucune école, aucune piscine publique, aucun service d’incendie ne peut s’en passer aujourd’hui.

Les associations sont également des vecteurs fiables de cohésion sociale dans les villages ou dans les districts allemands.

Enfin, il existe des associations qui luttent pour la préservation. L’association de préservation comme celle des montagnes du nord d’Osnabrück célèbrait son 350e anniversaire en 2018. C’est ça aussi la culture allemande

À toute vitesse

La Porsche 911 est l’incarnation de l’art automobile allemand, mais aussi de la liberté.

Mercedes, BMW, Porsche, Audi – les Allemands sont de vrais férus de voiture. Certains osent même dire qu’ils ont construit les meilleures voitures du monde. Ce que le Diesel-gate chez VW a un peu remis en cause. L’art de l’ingénierie se trouve dans les carrosseries allemandes, les voitures allemandes convainquent par la qualité, la finition, la valeur et le design.

Fiable, robuste, rapide, durable – c’est comme cela que beaucoup décrivent la VW Golf ou la Porsche 911. Mais les Mercedes, BMW et Porsche permettent aussi d’afficher son statut social, et pas seulement en Allemagne, mais aussi et plus encore en Afrique, en Amérique et en Asie.

L’habitat naturel de la voiture allemande est la voie de gauche de l’autoroute, la seule voie publique au monde sans limitation de vitesse et sans péage. Le monde ne s’intéresse pas seulement aux voitures allemandes, mais aussi au sentiment de liberté qu’elles procurent

Noël, joyeux Noël !

Des pâtisseries qu’on ne trouve qu’à Noël, comme les étoiles à la cannelle (Zimtsterne) ? Une spécialité allemande.

Noël, pour moi, c’est une fête typiquement allemande. Quelle que soit la modernité de notre mode de vie actuel, se réunir à Noël est sacré pour les Allemands – c’est une fête familiale.

Bien sûr, le réveillon de Noël et le jour de Noël sont typiques dans la culture allemande, mais les jours précédents aussi ! Ce qui se passe pendant l’avent est incroyable pour des personnes d’une culture différente. L’avent en Allemagne ou en Autriche, c’est la fièvre en cuisine (pour préparer de bons petits biscuits), dans les magasins et aux marchés de Noël qui s’implantent aux quatre coins des villes et villages.

Dès que l’avent commence, leur mode de vie change : chaque dimanche, une bougie est allumée, les gens se donnent rendez-vous pour préparer des biscuits, avaler des litres de vin chaud sur les marchés de Noël ou rencontrer des collègues et des amis pour célébrer la fête de Noël.

Rammstein n’est pas allemand

Là, le “r” roule, là, les flammes surgissent : le groupe Rammstein et sa star Till Lindemann est considéré comme typiquement allemand. Sans le métal venu d’Amérique et le punk d’Angleterre, le groupe ne serait pas concevable.

Prenons donc Bach, Johann Sebastian : Il n’a presque jamais quitté la Thuringe. Néanmoins, il connaissait le monde, écrivait des concerts italiens, des suites anglaises et françaises – un cosmopolite musical.

Pour trouver l’Allemand dans la musique, vous devez évidemment utiliser un autre calibre : quelque chose de plus rude ! Le “r” roule, les flammes surgissent, les paroles sont sombres et maléfiques. Mais sans les riffs de guitare du rock, sans le métal d’Amérique et le punk d’Angleterre, il n’y aurait pas de Rammstein. Tout simplement parce que la musique n’a pas de frontières. Et c’est une chance !